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Cette année-là, le 22 octobre…

C’était en 1986. Cette année-là, des Toulousains squattaient les ondes et dominaient les « charts » français. Les héros haut-garonnais se nommaient Gold et Images, les seconds trustant même la tête du Top 50 durant treize semaines avec leurs Démons de minuit. Treize semaines, du 20 juillet au 19 octobre. La « fin de règne » du groupe de new wave coïncidait alors à l’apogée européenne – et peut-être apogée tout court – d’autres Toulousains. Quelques jours plus tard, le 22 octobre 1986, les joueurs du TFC allait en effet remporter la victoire la plus probante et la plus marquante de l’histoire du club.

Contexte. Quand l’automne 86 se lève sur la Garonne, le TFC est la quatrième ville de France. Plus précisément, c’est à cette belle place que les hommes du jeune Jacques Santini ont conclu le dernier championnat de D1. Au pied du podium, les Toulousains ont le droit, pour la toute première fois, de disputer une Coupe d’Europe. A la joie et l’excitation succèdent certainement l’appréhension et la peur, quand le nom de l’adversaire des Violets se dévoile : le Naples de Maradona, champion du Monde au Mexique quelques mois plus tôt. Pourtant, contre toute attente et au terme d’un match retour au Stadium aujourd’hui encore dans la tête et le coeur de tout supporter du Téfécé qui se respecte, la Ville rose élimine les Napolitains. Aux tirs au but, après l’échec du Pibe de oro himself, Toulouse se qualifie pour le second tour. Ce sera contre un autre épouvantail européen : le Spartak Moscou.

Le TFC et Gérald Passi au centre des attentions de tous les médias.

Le TFC et Gérald Passi au centre des attentions de tous les médias.

Paris, Nantes et Lens éliminés prématurément de la compétition, nos Toulousains et leurs voisins Bordelais ont droit aux honneurs des médias. Mieux, après l’exploit réalisé contre Maradona et les siens, c’est le Stadium qui concentre l’attention de tout l’univers journalistique français. Le 22 octobre 1986, tout est réuni pour que l’Histoire s’écrive sur la pelouse de l’île du Ramier. Devant le onze violet, amputé du grand « Beto » Marcico, blessé deux jours avant le match aller, c’est une armada russe impressionnante qui se présente pourtant. Bloc soviétique oblige, les internationaux de l’URSS restent à la maison, et le Spartak Moscou abrite ainsi neuf joueurs de l’équipe nationale. Parmi eux se dressent le libéro Vaguiz Khidiatouline – qui rejoindra deux ans plus tard les Violets –, le buteur Sergueï Rodionov ou encore le portier Rinat Dasaev, considéré tout simplement comme le meilleur gardien du monde.

Pour faire face à l’équipe du peuple, comme elle est surnommée à Moscou, Jacques Santini aligne un onze plus que compétitif. Dans les buts l’inamovible Philippe Bergeroo, en défense Benoît Tihy, Jean-Luc Ruty, Alberto Tarantini et Patrice Lestage, au milieu Pascal Despeyroux et Jean-Philippe Durand pour l’assise défensive et la récupération, Pierre Espanol et Gérald Passi pour l’animation, et enfin les attaquants Yannick Stopyra et Eric Bellus, chargé de faire oublier l’idole Marcico. Sur le banc, d’autres « noms » figurent aussi, comme Michel Pavon et Michael Debève. Le spectacle peut commencer.

La dream team du TFC 1986-87, Marcico en moins.

La dream team du TFC 1986-87, Marcico en moins.

Après une entame de match compliquée, pendant laquelle les Toulousains courent dans le vide et ne voient que rarement le cuir, le jeu s’équilibre. Et, juste avant la mi-temps, le festival Passi commence au Stadium. Sur un corner de Bellus, le Biterrois amortit de la poitrine avant de reprendre de volée du gauche un ballon qu’il décoche dans la lucarne de Dasaev ! « Un enchaînement de toute beauté », s’exclame Jean-Michel Larqué à son compère Thierry, aux commentaires pour TF1. Le gardien russe est abattu, mains sur les hanches, et pourtant son calvaire ne fait que débuter. Si ses coéquipiers égalisent au retour des vestiaires, par l’intermédiaire d’un coup-franc malicieux de Rodionov, c’est bien Gérald Passi « le Brésilien » qui va enflammer la rencontre. Juste après l’heure de jeu, d’abord, où il remet son équipe sur les rails en inscrivant le but du 2-1 au terme d’un dribble incroyable et d’une frappe taclée du droit imparable. La physionomie du match, comme dirait l’autre, a alors totalement basculé. Les Soviétiques ne voient plus le jour, écrasés par tant de justesse et de magie.

Gérald Passi a réalisé un festival contre Moscou.

Gérald Passi a réalisé un festival contre Moscou.

Magique, oui, c’est ce qui qualifie le mieux le troisième et dernier but de Gérald Passi. Devant la surface, le numéro 10 violet décide d’y aller seul, enchaîne crochets et feintes comme d’aucuns useraient de cadrages et débordements, élimine trois défenseurs et trompe, en bout de course et en pleine extension, d’un piqué du gauche formidablement opportun, un Dasaev impuissant. La messe est dite, le spectacle touche à sa fin : en un hat-trick et un peu plus de 80 minutes, Passi et son TFC viennent de prendre un drôle d’avantage sur un Spartak Moscou écœuré. Face à la vague, à la déferlante, face à la mer Passi, les Moscovites sont à terre.

France Football dédiera même une Une improbable au magicien Passi.

France Football dédiera même une Une improbable au magicien Passi.

L’UEFA retiendra bien entendu que le Spartak Moscou prendra sévèrement sa revanche lors du match retour, devant les 120 000 spectateurs d’un stade Lénine bouillant comme l’hiver russe, mais qu’importe, ceci est une autre histoire. Le 22 octobre 1986, Toulouse réalisait son plus bel exploit sportif et battait au passage, avec 35273 spectateurs, le record d’affluence en Coupe d’Europe de son histoire. Permettons-nous de nous en souvenir (son et images, ci-dessous).

 

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