TFC vs OM #80AnsDeFootballS le match depuis le virage
13 avril 2017
Pourquoi le TFC? Paroles de supp’
15 avril 2017

Ce dimanche 9 avril face à l’OM, le TFC a célébré ses 80 ans d’existence dans un Stadium plein et chaud bouillant. Si la fête a été réussie et la bonne ambiance au rendez-vous, avec de nombreuses animations et surprises concoctées par le club, aucun but n’a été inscrit. Vous vous en doutez, en 80 ans, ça n’a pas toujours été le cas : beaucoup de buteurs ont fait tremblé les filets adverses au fil des saisons. Pour le « focus » du jour, et pour rester dans l’ambiance de l’anniversaire de notre club de cœur, j’ai choisi de m’intéresser à l’un d’eux, et plus précisément à celui qui a inscrit le tout premier but de l’histoire du Toulouse FC. C’était le 22 août 1937. Il s’appelait Henri Camarata, aurait presque 100 ans aujourd’hui, et voici son histoire (en toute modestie).

Cette histoire commence il y a presque un siècle, à Sfax, dans une Tunisie sous protectorat français. Le 7 août 1917, Henri Camarata naît dans cette cité portuaire, aujourd’hui deuxième ville du pays. Agile, vif, doué pour le ballon, le garçon se met rapidement au football. Il intègre en 1922, à 5 ans à peine, l’équipe junior d’un des nombreux clubs de sa ville : le Sfax Olympique Football. C’est là qu’il développe son jeu, sur un terrain argileux situé non loin du cimetière israélite du quartier de Moulinville. Le jeune joueur rejoint ensuite les rangs de Caprera, toujours à Sfax. Doué, Henri ne tarde pas à se faire remarquer parmi les minimes de son équipe. En 1932, âgé de 15 ans, il s’envole alors pour la capitale de l’Algérie, où l’Association Sportive Sainte-Eugénoise (ASSE) lui ouvre grandes ses portes. Le talentueux ailier y joue trois ans : le temps de voir s’épanouir le prodige qu’il est devenu.

La cour et le préau de l’école des garçons de Sfax-Moulinville, en 1928. Peut-être que le petit Henri y a donné ses premiers coups de ballon ?

Nous sommes alors en 1935, à l’aube menaçante d’une deuxième guerre mondiale, et un ancien international français s’apprête à donner un nouvel élan à la carrière prometteuse du jeune Camarata. Georges Bayrou, président depuis 1908 d’un FC Sète qui a remporté le Championnat et la Coupe  de France un an auparavant, dirigeant influent et « grand prospecteur méridional« , est en quête de futures étoiles. Il expatrie ainsi dans l’Hérault le gamin sfaxien, à quelque 1140 km de chez lui, à l’âge où d’aucuns reçoivent leur Bac, leur permis ou leur carte d’électeur. Henri Camarata a beau n’avoir « que » 18 ans quand il intègre l’équipe des « Dauphins », il ne perd toujours pas de temps pour briller. L’ailier gauche, virevoltant et décisif, s’éclate sous le ciel sétois, où il forme avec René Sintès, son pendant sur le côté droit, un redoutable duo de buteurs pendant deux ans. Deux ans de bons et loyaux sévices contre les défenses adverses, avant que le jeune homme – comme son coéquipier du reste -, ne s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire. En lettres violettes.

En lettres rouges et blanches, plus exactement : aux couleurs du premier maillot toulousain. Car à cette époque, c’est-à-dire à l’été 1937, la tunique violette du TFC n’existe pas encore. Le TFC, lui-même, vient à peine de voir le jour. Quelques mois auparavant, le 7 juillet 1936, notre bon Georges Bayrou – décidément bien au centre de tout, comme son homonyme du futur, François – monte une « Commission de propagande » pour l’implantation d’un club de foot dans la Ville rose. Pour tester le potentiel d’une telle entreprise, le président du FC Sète organise à Toulouse, avec l’aide du président de la Ligue du Midi, le dénommé Monsieur Lauriol, plusieurs matchs amicaux de son équipe. L’AS Cannes, les Catalans de Badalona, mais aussi des Autrichiens et des Hongrois viennent évoluer sous le Soleil du midi, et la réussite est au rendez-vous. La foule se presse pour assister au spectacle, alors inédit dans la Ville rose. C’est ainsi que, ce « triomphe populaire » aidant, Lauriol fonde le Toulouse Football Club le 20 mars 1937, dans une salle du 9 place des Arcades du Capitole. Et Camarata dans tout ça, me direz vous ? Eh bien, si le TFC est né, qu’il a intégré la FFF et qu’il s’apprête à disputer la seconde division, il ne serait rien sans un effectif digne de ce nom. C’est là que le gamin de Sfax, et une poignée d’autres Sétois, interviennent.

La nouvelle équipe du TFC, né en 1937, avec dans ses rangs Henri Camarata (en bas, tout à droite).

Après y avoir disputé quelques rencontres amicales, Henri Camarata intègre le tout premier groupe de joueurs du TFC. Avec lui débarquent cinq autres Dauphins sétois, parmi lesquels le sus-cité Sintès, mais aussi Pierre Cazal, intronisé entraîneur-joueur. La saison 1937-38 marque donc le début de l’histoire officielle de l’équipe que nous aimons tous aujourd’hui, autant que l’arrivée dans notre ville du prolifique et polyvalent ailier tunisien. Sous une tunique blanche cerclée de rouge, ces véritables pionniers du ballon rond à Toulouse évoluent au second niveau national. Créé il y a moins de six mois, le TFC a en effet glané le droit de participer à la D2, aux côtés de 25 autres clubs répartis en quatre poules « géographiques ». L’équipe rejoint donc la poule Sud, au même titre que Nîmes, Alès, Montpellier, Nice, mais aussi Saint-Étienne ou encore le « meilleur ennemi » bordelais. C’est d’ailleurs contre le club girondin que le TFC dispute son tout premier match officiel. Et contre ces mêmes Girondins que Camarata entre un peu plus dans son histoire.

Nous y sommes. Le 22 août 1937, Toulouse accueille Bordeaux, pour le premier Derby de la Garonne de l’histoire. A cette époque lointaine, point de Stadium pour accueillir les deux formations : la rencontre a lieu sur le terrain du parc des sports du TOEC. Plus de 10 000 spectateurs se massent dans les travées, impatients de voir les deux équipes en découdre. Impatients surtout d’assister à cette première historique dans la Ville rose. A croire que ce n’est pas une tare actuelle, l’enjeu l’emporte pourtant sur le jeu. Malgré tout, Bordeaux domine, faisant meilleure impression, sans toutefois parvenir à marquer avant la pause. Mais, si ce sont ces mêmes Girondins qui vont inscrire le premier but (48e), ce sera contre leur camp, par l’intermédiaire du malheureux Mancisidor. La suite rendra grâce au talent de notre Henri Camarata. En cinq minutes (55e et 60e), le prodigieux ailier de 20 ans inscrit un doublé et scelle le sort du match. Les deux réductions du score successives des visiteurs dans la dernière demi-heure n’y changeront rien : Camarata et le TFC l’emportent 3-2, et écrivent en ce jour un premier chapitre heureux.

Après la victoire, les joueurs du TFC ont le sourire. Parmi eux, debout à droite, Henri Camarata, auteur d’un doublé et héros du match.

La suite de la première saison du Toulouse Football Club dans le Championnat de France est (très) bonne. Les hommes de Pierre Cazal terminent deuxièmes du groupe Sud, après avoir battu une nouvelle fois le voisin bordelais lors du match retour (3-4 en Gironde), et accèdent ainsi à la poule de promotion, comme les 4 premiers de chacune des quatre divisions géographiques. Finalement septième (sur 16), avec 31 points et 40 buts en 30 matchs (Le Havre, vainqueur, en compte 44), le TFC peut s’enorgueillir d’un premier exercice plutôt convaincant, ponctué également d’une élimination en 1/8 de finale de Coupe de France. Les Toulousains, battus par l’Olympique lillois, auront toutefois éliminé Bénauge et le Nîmes Olympique, club lui aussi fondé en 1937.

La suite de la carrière d’Henri Camarata est, elle aussi, très bonne. Le joueur né à Sfax, passé par Alger et Sète, reste 17 saisons sur les bords de la Garonne ! Au total, il y inscrit 125 buts, dont 22 en première division. Et puisque le TFC a fêté son 80e anniversaire face à l’OM, sachez également que le joueur a été des deux premières rencontres officielles face aux Olympiens. La toute première le décembre 1940, alors que les deux clubs évoluaient dans le groupe « zone libre : Toulouse l’emporte 3-2 au stade Chapou (futur Stadium) avec un but de Camarata. Le même attaquant est présent sept ans plus tard, le 18 mai 1947, quand le TFC retrouve l’OM pour la première opposition des deux équipes en première division. Le score est de 0-0, comme il l’a été 70 ans plus tard, le 9 avril dernier. L’ailier tunisien porte les couleurs toulousaines jusqu’en 1951, gagnant au passage le championnat de la « zone sud » en 1942-43, et entraîne même l’équipe entre 45 et 47. Il deviendra ensuite le coach de Luzenac pendant 14 saisons.

En 1947, à presque 30 ans, Henri Camarata termine son intérim d’entraîneur-joueur.

Henri Camarata nous a quitté le 1er janvier 1992 (date peu fiable, veuillez m’en excuser). Mais, s’il est le premier buteur de la grande histoire du TFC, l’attaquant reste pourtant très peu connu des Toulousains. En 1937, dans L’Express du Midi (voir plus bas), Léo Bert voyait en cet « enfant chéri du public« , ce « jeune homme timide et rieur » un « héros qui s’amuse » autant qu’une « vedette promise à une grande notoriété« . Le journaliste le décrivait en ces termes, avant d’espérer « de tout cœur » qu’il reste lui-même : « On le voit, tel un feu-follet insaisissable, capter prestement la balle et filer d’un trait, vers la cage adverse, laissant tout pantois un adversaire qui n’en peut croire ses yeux. Un shoot précis et rapide achève à la perfection un travail si bien commencé. […] Ce qui ne gâte en rien les réelles qualités d’Henri Camarata, c’est que, malgré son étiquette professionnelle, c’est un véritable amateur qui joue pour le plaisir de jouer, de se dépenser. Lorsque l’adversaire, trompé par ses feintes savantes, s’étale ou reste coi, il rit, parce qu’il joue et qu’un bon tour est joué à son avis. » Le foot est un jeu, et après 80 ans, il est de bon ton de ne pas l’oublier. De ne pas oublier non plus un de ses plus fervents défenseurs : Henri Camarata, buteur et joueur du TFC, au sens le plus noble du terme.

NB : au fil de mes recherches, j’ai trouvé deux orthographes au patronyme de notre buteur, Cammarata ou Camarata. Si j’ai choisi la seconde option, c’est qu’elle était la plus utilisée sur les coupures de presse de l’époque, et notamment dans un portrait publié le 16 décembre 1937 dans le quotidien toulousain L’Express du Midi, écrit par Léo Bert. (Vous pouvez le retrouver en cliquant ici)  Si toutefois mon choix est le mauvais (Cammarata est largement privilégié aujourd’hui, et puis à l’époque les journalistes avaient de drôles d’habitudes, comme celles d’écrire « draw », « premier half » ou « shoot »), j’en suis désolé et vous demande de porter vos réclamations, lettres de plainte et autres insultes à BièreGougnoux.

Mes différentes sources : un peu de Wikipédia, beaucoup de « farfouillage » sur Google, et puis le site officiel www.tfc.info, le site bordelais www.scapulaire.com, une adresse sur la vie à Sfax de 19881 à 1956, un article de La Marseillaise, et donc la coupure de presse de L’Express du Midi mentionnée plus haut.

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pin It on Pinterest

Share This